Accueil Polychromies Secrètes
musée des Augustins
Mairie Toulouse
FrançaisEnglishEspañol

Histoire matérielle et restauration


Photo de Nostre Dame de Grasse par
Courajod, avant 1898.
(date de la mort de Courajod).

Photo : musée du Louvre, Paris.
L’œuvre a été plusieurs fois repeinte depuis le XVIe siècle, et ces repeints en se clivant lui ont donné un aspect chaotique. Puis l’ensemble a été recouvert sans grand soin d’un badigeon couleur pierre destiné à en uniformiser l’aspect, au début du XXe siècle. Les dégradations subies par l’œuvre ne sont documentées qu’à partir de la fin du XIXe siècle. La croûte noire qui recouvrait le visage de l’Enfant a sans doute été causée par la pollution urbaine, une photographie de 1931 présentant la sculpture près d’un escalier qui semble extérieur. On sait que la statue doit son aspect érodé à un décapage trop énergique, avant l’exposition sur l’art gothique français qui s’est tenue à Londres en 1932.

La restauration a été réalisée au musée des Augustins par une équipe de plusieurs restauratrices, Delphine Masson, Juliette Lévy et Marie-Emmanuelle Meyohas, sous la direction de Dominique Faunières. Cette restauration a représenté un travail considérable, toutes les interventions ayant été réalisées au scalpel, sous une loupe binoculaire. L’objectif principal des restauratrices était de dégager la polychromie en meilleur état et si possible la polychromie d’origine.

Elle a été précédée de nombreuses études (de 1998 à 2001), afin de distinguer les repeints historiques des repeints de restauration postérieurs. Les restauratrices ont étudié la couche picturale avec une précision croissante, d’abord avec une simple loupe, puis à la loupe binoculaire, enfin par l’analyse de micro-prélèvements. Ces prélèvements ont, par exemple, permis de réaliser que le manteau original de la Vierge, que l’on croyait rouge, était en fait blanc. De ces divers examens, les restauratrices ont conclu que la couche la plus ancienne était aussi la mieux conservée, alors que les repeints, qui avaient tendance à se cliver, étaient de médiocre qualité.

La restauration de Nostre Dame de Grasse est exemplaire : par son importance insigne et la complexité des problèmes posés, elle a justifié la mise en place d’une commission spécifique, composée de conservateurs et de spécialistes (madame Pradalier-Schlumberger, professeure à l’université de Toulouse et monsieur Jean-René Gaborit, ancien conservateur général chargé du département des sculptures du musée du Louvre ) outre les représentants du musée des Augustins, ceux du C2RMF (Centre de recherche et de restauration des musées de France) et les restaurateurs concernés. La restauration a permis, à l’issue d’années de travail, de retrouver un chef-d’œuvre incontestable de la fin du gothique, dans le respect d’une œuvre dont l’état originel est à jamais perdu, mais auquel la restauration entreprise rend justice. Celle-ci a consisté en un enlèvement des repeints, une mise au ton des éléments structurels et des cassures, et d’éventuelles retouches afin de rendre à Nostre Dame toute la subtilité de son modelé tout en offrant un aperçu de sa gamme colorée originale.


Palette de prélèvements pour la restauration de Nostre Dame de Grasse.